Edito du Maire

Discours de Monsieur le Maire,

Pour les vœux à la population

Mesdames et Messieurs,

Chères habitantes, chers habitants,

Chers partenaires, représentants du monde associatif, économique et institutionnel,

C’est un plaisir renouvelé de vous retrouver pour cette cérémonie des vœux entouré de l’ensemble du Conseil municipal. Cérémonie que nous voulons comme d’habitude à la fois simple et conviviale.

En ce début de nouvelle année, en mon nom, au nom des membres du conseil municipal et du personnel, je présente à chacune et chacun d’entre vous nos meilleurs vœux pour vos vies personnelles, familiales, amicales et professionnelles.

J’aimerais que nous ayons une pensée particulière pour les visages familiers de notre village qui nous ont quittés ces derniers mois et encore ces derniers jours.

Je souhaite aussi prendre un moment pour exprimer toute notre gratitude envers celles et ceux qui font vivre notre commune. Je pense d’abord à nos associations, véritables piliers de la vie locale. Vous créez du lien, vous transmettez des valeurs, vous offrez des espaces ou chacun peu, ou chacun devrait trouver sa place.

Je voudrais également saluer nos commerçants, artisans, entrepreneurs et agriculteurs. Par votre travail vous contribuez à maintenir une activité et faire vivre nos rues.

Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui, de manière plus informelle, participent à la vie collective : les bénévoles qui donnent de leur temps sans compter, les habitants qui s’impliquent dans les projets, les parents. Vous êtes la preuve que la solidarité peu encore exister.

Au nom de la municipalité, nous souhaitons la bienvenue à tous les nouveaux habitants. Nous vous souhaitons une belle installation et beaucoup de bonheur dans votre nouveau cadre de vie.

Je n’oublie pas les agents communaux, dont l’engagement discret mais essentiel garantit chaque jours la qualité de nos services publics. Votre professionnalisme et votre dévouement sont souvent méconnus, mais ils sont indispensables au bon fonctionnement de notre commune.

Remerciement particulier à toi, Delphine. Tu supportes mes humeurs depuis ton arrivée… il y a maintenant plus de vingt ans. Merci pour ta patience, ta constance et cette capacité presque surnaturelle à garder ton calme quand moi, je l’ai perdu depuis longtemps. Avec le temps, on a carrément inventé un langage secret fait de soupirs, de regards et de « hmm‑hmm » qui veulent dire « non, vraiment, ne faite pas ça ». De mon côté, j’ai survécu à tes moments chafouins ce qui, honnêtement, devrait déjà me valoir une médaille. En vérité, nous deux, c’est un peu comme un super‑héros et son acolyte… sauf qu’on ne sait jamais trop lequel est lequel. L’un prend les décisions, l’autre évite les catastrophes, et ensemble, on sauve l’essentiel au quotidien

Merci, merci à vous

En cette année, cette cérémonie revêt un caractère particulier. Dans quelques mois s’achèvera en effet le mandat que vous avez bien voulu m’accorder, ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe municipale qui m’entoure depuis bientôt six ans. Ce moment marque pour nous tous une étape importante, empreinte de gravité, de reconnaissance et de fidélité au service de l’intérêt général.

Ce mandat passé a été difficile et exigeant. Les maires et élu.es locaux ont affronté, au lendemain de leur élection, la crise du COVID, puis l’impact de la Guerre en Ukraine, le conflit israélo-palestinien, une instabilité politique et géopolitique, une dette nationale sans précédent.

Ce mandat aura marqué aussi une rupture entre les citoyens et le monde politique. La confiance semble rompue.

Vous le savez, l’année 2026 sera marquée par les élections municipales, les 15 et 22 mars prochains. Dans le respect du processus démocratique, je tiens à rappeler que la communication en période électorale est strictement encadrée. Je ne procéderai donc pas à un bilan des actions menées au cours de ce mandat. Je souhaite plutôt partager avec vous les sentiments et les convictions qui m’ont guidé, en tant qu’élu et en tant que Maire, tout au long des responsabilités que vous m’avez confiées.

Je sais que beaucoup d’entre vous attendent de connaître ma décision à l’approche de l’échéance de mars. Ce soir, c’est avec une émotion que les mots peinent à contenir que je me tiens devant vous. Je prends la parole pour la dernière fois en tant que maire. Trente et une années de mandat… une vie, presque. Une part essentielle de moi, en tout cas. Et voici venu le moment, à la fois attendu et redouté, de tourner la page de cette longue aventure. Je ne solliciterai donc pas de nouveau mandat.

Elu pour la première fois en 1995, aux côtés de Pierre Henri VALLET, Angelo LAVINA m’a proposé de prendre sa succession de premier adjoint en 2001 et j’ai reçu en 2006 les clés de la commune de Pierre Henri qui avait jugé qu’il était temps pour lui de se retirer.

Après une longue et mûre réflexion, j’ai décidé de faire la même chose 20 ans plus tard, tant il est vrai qu’il est sage de savoir arrêter au bon moment. L’année 2025 aura certainement précipitée les choses car elle aura été particulièrement marquée pour certains d’entre-nous, par des épreuves qui nous ont rappelé combien la vie publique est indissociable de la vie humaine.

Parmi ces épreuves, la maladie. Elle nous confronte à notre fragilité, mais elle nous enseigne aussi la force du courage. Elle oblige parfois à prendre des décisions difficiles, à faire des choix que l’on n’aurait pas imaginés, mais qui deviennent nécessaires afin de préserver l’essentiel.

A cet instant, je ressens donc avant tout ; le besoin de vous dire merci, vous les élus présents et passés. Merci pour votre présence, votre écoute, vos convictions, et surtout pour votre engagement sincère à mes côtés au service de notre collectivité.

Au fil des années, nous avons partagé des moments intenses : des débats parfois passionnés, des décisions difficiles, mais aussi quelques belles réussites. Ce chemin parcouru ensemble est riche de rencontres, d’expériences et de projets qui resteront gravés dans nos mémoires.

Ces mandats n’ont pas seulement été une période de travail : ils ont été une aventure humaine, faite de respect, de confiance et de complicité. Nous avons montré que la politique locale n’est pas qu’une affaire de dossiers et de chiffres, mais avant tout une histoire de femmes et d’hommes qui veulent regarder l’avenir ensemble.

Je vous adresse encore une fois mes remerciements les plus chaleureux et mes vœux de bonheur et de réussite pour la suite de vos parcours. Que chacun garde en mémoire la fierté d’avoir contribué, à sa manière, à la vie et certainement à la pérennité de notre commune. Dans quelques mois, certaines et certains cesseront leur mandat, d’autres seront peut-être de nouveau candidats et le conseil municipal se renouvellera Continuez à faire vivre l’esprit de dialogue et d’engagement qui a fait la force du notre.

Parmi les projets qui ont guidé mon engagement et donné sens à mes deux derniers mandats, un restera j’en suis sûr, comme un jalon important de notre histoire collective. Je veux parler de l’implantation future de notre parc éolien. Fruit d’une vision partagée, longuement mûrie, parfois débattue mais toujours portée avec conviction, il s’apprête désormais à devenir réalité après plus de dix années d’efforts constants.

Bien que certain puisse s’inquiété, les éoliennes ne sont pas des machines triomphantes. Elles ne détruisent pas le paysage : elles le réécrivent. Elles nous obligent à reconnaître que la nature n’est pas une carte postale, mais un espace vivant, traversé par nos choix. Ce sont des pales qui tourneront demain lentement, calmement comme un rappel silencieux qu’un avenir meilleur ne tombe jamais du ciel : il se construit. Elles seront le signe visible de choix courageux, d’une volonté collective d’avancer, d’oser, de préparer l’avenir plutôt que de le subir. Elles rappelleront que, lorsque l’on croit en un projet et que l’on se rassemble autour de lui, il devient possible de transformer une vision en réalité durable.

Implanté sur des parcelles communales, le projet permettra de générer des revenus directs pour nos collectivités. Ces ressources nouvelles serviront à financer nos services publics et à soutenir des projets locaux qui comptent pour chacun d’entre nous.

Ce projet contribuera à rendre notre territoire plus attractif, plus dynamique, plus accueillant. Il représentera une véritable opportunité pour redonner de l’élan à notre économie rurale : améliorer nos services, soutenir nos associations, valoriser nos commerces, créer de nouvelles perspectives pour les familles et pour les jeunes. Et grâce à son programme environnemental, il nous aidera aussi à préserver et valoriser durablement nos ressources naturelles.

Ce projet doit nous encourager à réfléchir, à agir, à imaginer ensemble l’avenir de notre commune. Car, comme vous le savez peut‑être, nous faisons face depuis plusieurs années à une baisse régulière du nombre d’habitants. Nous sommes aujourd’hui 365. C’est une réalité qui nous interpelle et qui nous oblige à réagir.

Nous comprenons bien sûr les raisons qui poussent certains à partir : le travail, les études, les opportunités ailleurs. Mais nous avons aussi des atouts, des forces, des talents. Nous avons une histoire, une identité, un cadre de vie que beaucoup nous envient.

Alors, ensemble, faisons en sorte que notre commune reste vivante, attractive et tournée vers l’avenir. Ce projet est une étape, un outil, un levier. À nous de nous en saisir pour construire, collectivement, le futur que nous voulons.

Je souhaite également mettre en avant les opérations de reboisement engagées dans nos bois communaux, durement touchés par les évolutions climatiques et les crises sanitaires. Une première campagne, conduite en partenariat avec l’Office national des forêts, a permis la plantation de 250 chênes et 250 cèdres. Par la suite, toujours aux côtés de l’ONF et de l’Association des communes forestières, et grâce au soutien de notre mécène KRONOSPAN, près de 400 arbres supplémentaires (chênes de Hongrie, tilleuls et cèdres) ont été replantés sur les secteurs où les peuplements résineux dépérissant avaient dû être exploités.

Lorsque l’on sait qu’il faut au minimum une génération pour en mesurer pleinement les effets, ces actions témoignent de notre engagement durable en faveur de la résilience et de l’avenir de nos bois communaux.

Bien sûr aussi quelques regrets. En tout premier lieu je dirais le renouvellement de la station d’épuration que je souhaitais collective. Les premiers échanges datent d’une quinzaine d’année avec nos voisins de Ravières. Ce projet n’a jamais fait l’unanimité de l’autre côté du pont de l’Armançon. L’identité locale ou le repli territorial a créé des résistances face à un projet perçus comme extérieur. Dans ce cas bien précis, l’ouverture n’est pas une perte d’identité : c’était pour moi la condition pour garantir un projet durable et maîtrisé financièrement.

Le centre de première intervention de Nuits/Ravières : le CPI est « en danger » et pourrait bientôt fermer, fragilisant le maintien d’un service de secours de proximité. Sans un effectif suffisant disponible en journée, aucun départ en intervention ne peut être garanti. Or, l’effectif actuel est quasiment inexistant, laissant le territoire exposé et vulnérable. Face à cette situation, une décision lourde, collective et responsable s’imposera dans les prochaines semaines.

La place de l’église. Cette année, plusieurs imprévus de santé ont touché des membres de notre équipe. Ces situations, totalement indépendantes de notre volonté, ont entraîné une désorganisation et ont rendu difficile la continuité des études engagées. Il a été nécessaire de faire un choix. Nous avons immédiatement mis en place les mesures requises pour réorganiser le fonctionnement quotidien, afin de garantir la continuité du service indispensable aux usagers. Dans ces circonstances exceptionnelles, nous sommes convaincus que vous comprendrez la situation et ne nous en tiendrez pas rigueur.

Ces défis et bien d’autres restent donc à accomplir, mais nous avons d’ores et déjà jeté les bases. J’espère qu’ils pourront être réalisés par le prochain conseil municipal

Mais ces mandats furent également marqués par des épreuves. Je ne saurais poursuivre sans évoquer, avec une profonde et sincère tristesse, le départ de plusieurs collègues, anciens élus ou agents, qui nous ont quittés bien trop tôt. Chacun d’eux a laissé son empreinte dans notre collectivité, et surtout dans nos vies. Nous nous souvenons de leur engagement, de leur bienveillance, de leur sens du service public. Nous nous souvenons de leurs sourires, de leurs convictions, de leur présence qui ont marqué nos journées. Nous nous souvenons de ce qu’ils ont apporté, et de ce qu’ils continuent d’inspirer.

Ces mandats furent pour moi une véritable fierté de servir notre commune, ma commune de naissance, durant ces trente dernières années. J’ai mis tout mon cœur et toute mon énergie au service de notre territoire et de ses habitants. J’espère sincèrement que mon engagement aura laissé une image de ceux qui s’investissent pour le bien commun, et qu’il aura contribué, même modestement, à faire avancer notre commune vers un avenir plus serein et prometteur.

Être maire, c’est porter la voix de chacun et veiller aux équilibres parfois fragiles de notre collectivité. C’est assumer des décisions prises parfois dans l’urgence, mais toujours en responsabilité.

L’intérêt général a toujours été mon cap. Ce n’est pas un principe théorique c’est une exigence quotidienne. C’est ce qui nous oblige à regarder plus loin que le présent, à penser à celles et ceux qui nous succéderont, à ce que nous souhaitons transmettre.

Servir l’intérêt général, c’est refuser les petits calculs personnels et les promesses faciles. C’est choisir le courage plutôt que la facilité, faire ce qui est juste même lorsque cela demande de la ténacité, de la constance et parfois d’affronter l’inconfort. L’intérêt général ne se discute pas. Il se porte avec conviction, il se défend avec détermination.

Dans nos villages plus qu’ailleurs, notre réalité n’est pas toujours simple. Les moyens financiers ont été parfois nuls, parfois limités. Nous avons connu des situations budgétaires difficiles. Les emprunts à rembourser nombreux, et un budget strictement encadré par les services de l’État pour garantir la stabilité et éviter tout dérapage.

Dans ce contexte exigeant, il a fallu chercher de nouvelles solutions, explorer des pistes pour générer des revenus supplémentaires, et mobiliser toutes les ressources disponibles. Cet effort collectif, patient et déterminé, a permis de traverser cette période sans renoncer à nos engagements essentiels.

Les services publics s’éloignent. Les démarches administratives se multiplient. Et trop souvent, les petites communes doivent se battre pour être entendues. Nous n’avons pas de directeur de cabinet, pas de service juridique, pas de police municipale. Ici, on est tout à la fois : gestionnaire, médiateur, psychologue, secrétaire, technicien, homme — ou femme — à tout faire. C’est répondre à un appel en pleine nuit pour accompagner une famille endeuillée, c’est intervenir pour un chien qui vagabonde, gérer une crise sanitaire, apaiser un conflit de voisinage, faire face à un accident ou encore apporter son soutien aux voyageurs lorsqu’un train tombe en panne et immobilise tout un secteur. Et, comme certains le disent avec humour mais aussi un peu de vérité, toujours « à portée de baffe ».

Assumer cette fonction, c’est accepter que chaque situation, même la plus anodine, devienne une responsabilité à porter. C’est être le premier recours, le dernier soutien, parfois même l’unique interlocuteur vers lequel on se tourne. Et c’est précisément au fil de ces moments, de ces défis et de ces rencontres, que l’on prend la mesure de ce que représente réellement cette mission.

On ne peut jamais prétendre à l’unanimité quand on dirige. Diriger, c’est accepter d’entrer dans un environnement où chaque geste est scruté, discuté, souvent déformé. Celui qui agit s’expose, et c’est précisément cette exposition qui attire les critiques.  Comme le rappelait l’historien Jules Clarétie, « tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens beaucoup plus sévères, qui ne font rien.

En somme, cette phrase nous rappelle une vérité essentielle : la valeur d’une action, d’une décision ne se mesure pas au nombre de voix qui la valide, mais au courage qu’il faut pour la mener malgré les oppositions. Car la critique est facile l’action, elle, demande du cœur, de la volonté et une certaine forme de solitude assumée.

L’expérience de mes fonctions de maire a été, avant tout, profondément humaine et profondément enrichissante. J’ai exercé cette mission avec toute l’attention et tout le dévouement qu’elle méritait. Je sais que je n’ai pas été parfait, nul ne l’est, mais je peux vous assurer que j’ai toujours agi avec le souci de bien faire, guidé par l’intérêt de notre commune. J’ai été surpris, parfois déçu, parfois agacé, comme chacun peut l’être lorsqu’il s’investit pleinement. Mais jamais je n’ai regretté cet engagement.

Malgré la charge de travail et le poids des responsabilités, je suis venu chaque jour en mairie avec un réel plaisir. J’ai travaillé les dossiers, participé aux réunions, intégré le bureau de la communauté de commune et du syndicat des eaux du Tonnerrois afin de mieux représenter la commune, affronté les urgences et les imprévus avec une passion qui ne m’a jamais quitté. Venant du secteur privé, je mesure aujourd’hui tout ce que ces trente‑et‑une année de vie publique m’ont appris. J’ai découvert, pas à pas, le fonctionnement parfois complexe mais toujours passionnant de nos collectivités. Ho combien de fois Delphine m’a dit : Jean-Louis, on n’est pas dans le privé !

J’ai beaucoup appris des autres : des élus, des agents, des partenaires, des habitants. Chacun, à sa manière, m’a apporté une expérience, une exigence. Et puis, j’ai appris sur moi-même. Sur ma capacité à écouter, à décider, à tenir dans les moments difficiles, à me remettre en question aussi. Si je devais résumer ce parcours, je dirais qu’il m’a profondément enrichi.

Au moment de clore ce chapitre de ma vie publique, je voudrais adresser un remerciement tout particulier à ma famille. Rien de ce parcours n’aurait été possible sans leur patience, leur compréhension et leur soutien indéfectible. Ils ont accepté mes absences, mes soirées écourtées, mes week-ends interrompus, mes préoccupations parfois envahissantes.

Aujourd’hui, il est temps pour moi de transmettre le relais. Je quitte cette fonction avec la conviction que notre commune aura tous les atouts pour poursuivre son chemin. Je resterai, bien sûr, un habitant engagé, attentif à la vie de notre commune, prêt à soutenir les initiatives qui me feront sens.

Une fois encore, les mots ont pris plus de place que prévu. Pardonnez‑moi cette longueur de mon intervention. Il m’était difficile de résumer tant de souvenirs, tant de visages, tant de moments partagés qui demeurent en moi.

Merci infiniment encore à toutes et à tous pour votre présence et encore une fois mes vœux les plus chaleureux de bonne année et de bonne santé pour cette nouvelle année.

Jean-Louis GONON